Bruxelles-Midi

Posté dans : Revue de presse

Les Témoins de la Java, 24 octobre 2009

« Bruxelles-Midi » ou plus correctement, « Bruxelles-Midi: l’urbanisme du sacrifice et des bouts de ficelle« , est une brique très fouillée et détaillée sur le gros fiasco urbanistique qui s’est déroulé durant presque 20 ans aux alentours de la gare du Midi. Sous la plume de Gwenaël Breës (actuel président de Inter-Environnement Bruxelles) qui a lui même vécu dans le quartier et qui y a défendu de longue date ses habitants, notamment dans le cadre du Comité du Quartier Midi, il est raconté la saga d’un imbroglio politique, administratif et judiciaire aux conséquences désastreuses.

Petit rappel succinct, sous la décennie précédente, le TGV est annoncé en gare du Midi et le bourgmestre socialiste Charles Picqué, séduit par le développement du pôle Euralille dans le bastion du camarade Pierre Mauroy, souhaite profiter de l’arrivée du train à grand vitesse pour transformer le bas de Saint-Gilles en une nouvelle aire de fonctions tournées vers le futur. De la coupe aux lèvres, il n’y a en théorie qu’un pas….mais en réalité ce sera un gigantesque fiasco durant 18 longues années: absence de fonds financiers, paralysie des opérateurs publics, collusions politiques, procédures administratives surréalistes, expropriations à la petite semaine, condamnations judiciaires et, pour le visiteur qui débarque à Bruxelles, le spectacle d’un no man’s land rappelant plus la la DMZ de Nicosie que la capitale de l’Europe.

Après les affres du projet Manhattan à la gare du Nord, on pensait que l’urbanisme à la petite sauvette était terminé, c’était pêcher par naïveté, le quartier Midi en est la preuve: un mélange entre les ex-travaux inutiles du frangin Dubié et Mister Bean. Aujourd’hui, la zone Fonsny renaît très lentement de ses cendres mais pour quels résultats ? Le jour, les pelleteuses bâtissent le « futur », le soir, c’est le ghetto administratif ; les immigrés et les allocataires sociaux ont été poussés dehors au profit d’une armée de fonctionnaires qui se précipitent chez eux lorsque 16h00 sonne à la pointeuse.

Quelques bonnes feuilles parmi d’autres, « Prenez n’importe quel voyageur, donnez-lui un somnifère, bandez-lui les yeux et libérez-le à la sortie de la gare du Midi: il se croira à Beyrouth et fera ainsi l’expérience de la Bruxellisation. Les abords de la principale gare de la capitale de l’Europe présentent en effet des allures de ville bombardée (…). » Flashback maintenant, « Fin des années 1980, un jeune couple décide se se marier et projette de s’installer à Saint-Gilles. L’union de Bernard Claeys et Lucie Malou est célébrée par le nouveau bourgmestre de Saint-Gilles, un certain Charles Picqué. Lors de la cérémonie, les jeunes époux lui font part de leur intention d’acquérir une maison de maître située rue de Mérode. Le jeune bourgmestre les encourage dans ce projet. Le Midi est un quartier plein d’avenir, leur assure-t-il »

Le bouquin est bien écrit et, surtout, il est truffé d’éléments précis et probants pour bétonner les responsabilités pointées (le Bourgmestre, la Région bruxelloise, la SA Bruxelles-Midi, la SNCB, les promoteurs privés, etc.). Parfois, les paragraphes frisent un peu la technique de haute voltige pour le lecteur peu averti (procédure des PPAS en tête) mais l’ensemble n’en demeure pas moins très accessible. On apprécie d’autant plus l’initiative (réussie) que le député Alain Maron s’était déjà penché sur le sujet mais sous la forme d’un mémoire (copie complète en ligne), en l’occurrence un peu trop scolaire. Dans quelques mois, l’ouvrage devrait être disponible gratuitement sur Internet mais on ne peut que vous encourager à l’acheter et, partant, à encourager une initiative qui sort un peu de la bêtise soporifique des hagiographies ou des thèmes bateaux surfant sur l’actualité.