Gare à la gare car…

Posté dans : Revue de presse

Liege28.skynetblogs, 27 juillet 2009

Les urbanistes contemporains s’accordent sur l’importance des gares dans la ville, surtout s’il y a un arrêt TGV.

C’est alors tout le quartier de la gare qui est renouvelé.

Disposant d’anciens terrains militaires, Lille a été exemplaire dans l’intégration de sa gare TGV et le développement d’un nouveau quartier: Eura-Lille.

Sa renommée a rapidement traversé la frontière.

Bruxelles, et maintenant Liège ne jurent que par le renouveau urbain engendré par le train à grande vitesse.

Nous connaissons – façon de parler – le grand projet du nouveau quartier des Guillemins, son ouverture vers la Meuse, le lien avec la future Médiacité…

Oufti, ce sera joli.

Et pas cher puisque réalisé par pépépé (partenariat privé public) et rapide puisque bénéficiant des procédures d’exception dites de «remembrement urbain».

Cependant, les Liégeois ont intérêt (notamment en certaines notes infrapaginales) à lire le livre de Gwenaël Brëës pour comprendre un des plus grands fiascos urbanistiques de ces vingt dernières années en Belgique: « Bruxelles-Midi, l’urbanisme du sacrifice et des bouts de ficelle » aux éditions Aden.

L’auteur raconte, en détails, le comment et le pourquoi de l’échec de l’aménagement du quartier bruxellois de la gare du Midi sur le territoire de la commune de Saint-Gilles dont le Bourgmestre en titre est Charles Picqué, Ministre-Président de la Région Bruxelles quasiment sans interruption depuis sa création en 1989, Picqué IV aujourd’hui.

Les Bruxellois ayant connu le massacre du quartier Nord, nul ne souhaite remettre ça au Midi.

Et pourtant …

La SNCB décide de faire arrêt TGV à la gare du Midi.

Quand la Région Bruxelloise essaie d’imiter Lille en créant en 1992 la SA Bruxelles-Midi pour contrôler le foncier et lancer les expropriations d’urgence et pour utilité publique, il est déjà trop tard.

La spéculation flambe.

La Région ne peut honorer les montants à payer pour les expropriations.

Le quartier pourrit sur place, la menace d’expropriation plane mais ne se réalise pas.

Hésitations, atermoiements, la Région de Picqué n’en sort pas.

Vingt ans plus tard, elle n’en sort toujours pas.

C’est un dossier tabou, sorti de la sphère politique et peu abordé au Parlement bruxellois.

Pour l’auteur de ce livre – authentique thriller urbanistique – les gagnants de l’histoire sont les promoteurs privés et la commune de Saint-Gilles (Bourgmestre en titre, Charles Picqué) qui a nettoyé son territoire des pauvres gens et bénéficie de taxes sur les bureaux.

Des bureaux qui ont été délocalisés à l’intérieur de la Région, ne créant donc aucun emploi nouveau.

Un livre à charge certes, mais brillant et lisible même par qui n’est pas Bruxellois !

Son auteur vient d’être élu Président d’Inter-Environnement Bruxelles, fédération des comités d’habitants à qui il arrive de recevoir quelques contrats sonnants et trébuchants de la Région Bruxelloise.